« BIEN AU-DELA de la victimisation et de la culpabilisation… » Discours de Patrick Serres « BIEN AU-DELA de la victimisation et de la culpabilisation… » Discours de Patrick Serres

222eme anniversaire de l’abolition- Le discours du président de Mémoires & Partages lors de la cérémonie du 4 février.

Mesdames, Messieurs

Mr Le Maire de Bordeaux

Messieurs les élus,

Notre association Mémoires et Partages a souhaité, depuis deux ans, réhabiliter une date clé à la fois pour l’abolition de l’esclavage mais aussi en lien avec les combats pour la liberté de ces esclaves qui secouèrent leurs chaînes et se désaliénèrent.

Pendant plus de 10 siècles, rappelons-nous que ce crime contre l’humanité extermina 45 millions de noirs victimes de la traite et de l’esclavage.

Car pour être tout à fait cohérent avec l’histoire la traite occidentale fut malheureusement accompagnée (précédée et/ou suivie) par la traite orientale et la traite intra africaine.

Pour nous Bordelaises et Bordelais, Girondins, ce ne furent pas moins de 508 expéditions d’armateurs, soit en commerce triangulaire soit en droiture qui générèrent 150.000 déportations d’esclaves africains.

Ces enfants, ces femmes et ces hommes déracinés, maltraités, terrifiés trouvèrent pourtant les ressources morales et physiques de résister.

Car si le 04 Février 1794 (222 ans), la Convention vota le décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, cet acte libérateur ne peut être déconnecté du combat des esclaves eux-mêmes pour reconquérir leur liberté.

A St Domingue (Haïti) les »Marrons » secouent l’île et les colons depuis plusieurs années déjà et ensemencent les réflexions, les discours et les actes de leurs défenseurs blancs en métropole, notamment parmi ceux de la Société des Amis des Noirs, où les Girondins sont actifs avec le Député Armand Gensonné mais aussi André Daniel Laffon de Ladebat (fils d’armateur) qui rédige en 1788 un discours sur la nécessité et les moyens de détruire l’esclavage dans les colonies.

Si cette première abolition de l’esclavage émerge donc en 1794 elle est indubitablement liée à la révolte des esclaves eux-mêmes et leur lutte mais aussi aux idéaux de notre 1ère révolution de 1789.

Le même processus va se renouveler pour la date, plus connue, de l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848 qui elle fait suite à la 2ème révolution et à l’avènement de la 2ème République.

C’est donc pour célébrer et réhabiliter à la fois ces combats des esclaves eux-mêmes, mais aussi celui de ces femmes et hommes blancs qui, à contre courant et souvent minoritaires au départ, osèrent dirent à leurs congénères que celui qui enchaîne, qui avilit, qui rejette ou exploite l’autre parce que différent : s’enchaîne lui-même, se sclérose et régresse.

Et c’est en cela que Mémoires et Partages s’ancre dans le présent et veut influer sur l’avenir.

Oui la connaissance de son histoire est bien le rétroviseur de celui qui conduit, indispensable pour éviter un accident tragique.

Bien au-delà de la victimisation et de la culpabilisation, le travail mémoriel concourt, à son niveau, à éviter les fantasmes liés aux non dits, à permettre à tous d’accepter son histoire lucidement, sereinement, de manière apaisée. Donc aussi savoir qu’il fait partie intégrante de la société et de la nation sans que ces deux notions soient incompatibles.

A l’heure où, face aux difficultés, beaucoup sont tentés, à nouveau, par la stigmatisation, le rejet de l’autre, nous préférons nous appuyer sur « Le développement de l’autre comme condition de son propre développement ».

Je finirais par remercier d’abord Mr Alain Juppé, maire de la ville, dont l’agenda ne permettait pas la présence. Je veux aussi saluer Marik Fetouh, son adjoint, sans qui cette célébration et cette conférence n’auraient pas eu lieu dans cet hotel de ville.

Je salue également les autorités qui ont bien voulu s’excuser de leur absence : le préfet Pierre Dartout, les nombreux élus, les députés Michéle Delaunay et Sandrine Doucet, le sénateur Alain Anziani, le président de la région Alain Rousset, le président du conseil départemental Jean Luc Gleyse.

Toute notre gratitude également au comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage représenté par Mme Angéle Louviers.

Je vous remercie de votre attention.

Patrick Serres, Président de Mémoires & Partages, 4 février 2016, Bordeaux

Patrick Carl

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