RUES DE NEGRIERS – Le Préfet honoraire Max Vidot écrit au Maire de Bordeaux RUES DE NEGRIERS – Le Préfet honoraire Max Vidot écrit au Maire de Bordeaux

Le courrier d’un Bordelais qui a tenu à s’adresser à la Municipalité…

Max VIDOT

Préfet Honoraire

Bordeaux, 24 février 2018

Monsieur Alain JUPPE

Maire de Bordeaux

Président de Bordeaux Métropole

Monsieur le Premier Ministre

Je vous prie de bien vouloir trouver, ci-joint, copie de la correspondance que je destine à M. Karfa Diallo, fondateur-directeur de « Mémoires & Partages ». L’objectif de ce groupement consiste, non pas à débaptiser les rues des négociants qui ont tiré profit de l’esclavage, mais à ajouter aux plaques de la signalétique urbaine des panneaux explicatifs équilibrant du même coup l’information du public.

La modération des propos de M. Diallo et de ses acolytes m’a impressionné au point que je me plais à soutenir cette campagne, d’ailleurs modeste mais vertueuse, puisqu’elle vise à déconsidérer les graves et ignobles discriminations d’un esclavagisme qui a du mal à disparaitre.

M. Diallo et le conseiller municipal Pierre Hurmic présent lors d’un petit rassemblement ont assuré que vous-mêmes étiez soucieux de lutter contre toutes les discriminations, ce qui m’autorise à vous envoyer le présent message.

La correspondance que je remets à l’animateur de cette campagne souligne aussi qu’il convient d’être attentif à la lisibilité de plaques apposées sur les fçades, car elles sont toujours haut placées et écrites en petits caractéres, ce que mon expérience m’a appris malgré l’aimbale accueil qui m’avait été réservé par la Ville.

En espérant que les travaux de la commission municipale spéciale chargée de cette cause avancent réellement sous votre patronage, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Maire et président l’expression de mes sentiments de haute considération.


Max VIDOT

Préfet Honoraire, Bordeaux

Monsieur Karfa DIALLO

Fondateur-Directeur de Mémoires & Partages

Monsieur le Directeur,

Je vous remercie de votre lettre du 19 janvier m’invitant à la commémoration de la loi abrogeant l’esclavage. Cette lettre comme la manifestation qui s’est tenue, m’ont beaucoup intéressé. Grâce à vous, j’ai revécu en pensée le sort indigne dont tant d’innocents ont été victimes alors que des négociants tiraient tant d’avantages financiers de ce commerce.

J’ai été frappé par la modération de votre correspondance ainsi que celle des allocutions, car on aurait pu s’attendre à ce que vous réclamiez la suppression des noms qui sont maintenant honnis. Vous préférez que ces noms soient sauvegardés, quitte à leur adjoindre un panneau explicatif.

Vous avez raison, car ces commerçants ont participé à la vie économique et à l’essor de la ville et de son port. Encore faudrait-il que ces explications n’exonèrent pas les esclavagistes de leurs inhumains forfaits.

Au surplus, il convient d’assurer aux panneaux une visibilité suffisante. Je suis bien placé pour en parler, car je suis à l’origine de la pose d’une plaque sur la maison natale d’Hortense Schneider, 110 rue Sainte-Catherine, or, trop haut placée (comme toutes les autres plaques) et écrite en trop petits caractères, elle n’attire même pas l’attention des passants.

Je profite de ce courrier pour évoquer la position des parlementaires de Guadeloupe demandant de supprimer le mot « race » de la Constitution (article 1er).

J’approuve pleinement cette sollicitation, car ce mot évoque trop l’esclavage, même si les puristes leur trouvent des justifications.

Le professeur Deys de Béchillon y voit une « excitation inutile contre les excès du politiquement correct », or on ne voit pourquoi! Il regrette que cette suppression oblige à modifier d’autant tous les textes contenant le mot, or ce n’est pas une tâche excessive! Il tient enfin à la diversité qu’exprime la constitution, or celle-ci, pour variable qu’elle soit, se doit d’exprimer les principes du moment.

Le concept de race ne correspond à aucune donnée scientifique. Tous les hommes dont du genre homo sapiens depuis cent ou deux cent mille ans. Et cela suffit.


*VOUS VOULEZ  PARTICIPER?

Si vous voulez participer, à la campagne, copier et envoyer le courrier ci-dessous, par mail ou papier, à votre maire.

Et surtout envoyez-nous la copie par mail à memoires.partages@gmail.com

 

LETTRE TYPE PLAIDOYER POUR UNE SIGNALÉTIQUE RESPECTUEUSE DES DROITS HUMAINS

(……………….………ville……………….…….), le …/……./ 2018.

Madame la maire / Monsieur le maire,

OBJET: Plaidoyer pour des panneaux explicatifs sur les rues de négriers et d’esclavagistes

Comme l’a reconnu à l’unanimité la loi du 10 mai 2001, l’esclavage et la traite des noirs étaient et restent des crimes contre l’Humanité. Pourtant, dans notre ville de …………, qui a pourtant mis en place de nombreuses actions pédagogiques autour de cette mémoire, les autorités laissent malgré tout persister des honneurs rendus aux négriers sous forme de nom de rues, de places et d’établissements.

Sensibilisé sur cette question par la campagne #expliquetaruedenégrier de l’association Mémoires & Partages, je m’adresse à vous pour demander que la ville se saisisse de cette problématique, et qu’un débat public soit ouvert sur ces honneurs générateurs de haine et de souffrances. Récemment la ville de New York a formé une commission pour les recenser et évaluer les actions à suivre.

Pour ma part, la moindre des réparations que l’on puisse exiger pour les victimes serait l’ajout, à des lieux bien choisis, de quelques plaques explicatives dans ces rues, pour rappeler la complexité de ces personnages éponymes. En effet, si ceux-ci ont souvent joué un rôle important pour la cité, raison pour laquelle ils passent à la postérité, ce sont également des criminels au regard de l’Humanité. Pourquoi dès lors ne pas profiter de cette occasion pour raconter cette histoire complexe et terrible ?

De plus, les livres et les musées, malgré leur nécessité, peuvent donner l’impression d’enfermer la mémoire des victimes l’esclavage, quand celle de leurs bourreaux s’affichent à jamais sur l’espace public, lieu de partage démocratique par excellence. Ce déséquilibre mémoriel, alors même qu’à titre de comparaison les rues Pétain sont toutes débaptisées, engendre des frustrations sur lesquelles certains n’hésiteront pas à jouer pour chercher à radicaliser des individus.

Aussi, pour que la mémoire des victimes puisse être vraiment honorée dans le quotidien de tous, sans avoir à attendre les commémorations du 10 mai ou les expositions, je souhaite que la mairie s’engage dans une démarche courageuse de mise à disposition visible d’explications concernant les aspects sombres (et plus uniquement les qualités) de certaines personnalités honorées sur l’espace public, afin que la signalétique urbaine retrouve plus de sens et d’humanité.

Vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder à ma demande, je vous prie d’agréer, Madame la maire / Monsieur le maire, l’expression de ma haute considération.

 

Patrick Carl

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