CENTENAIRE- Quand Bègles faisait de Nelson Mandela son Citoyen d’honneur CENTENAIRE- Quand Bègles faisait de Nelson Mandela son Citoyen d’honneur

En 1986, la ville s’engage dans le combat contre l’Apartheid

Le Centenaire Nelson Mandela initié par l’association Mémoires & Partages est l’occasion de valoriser les initiatives locales qui ont participé au combat contre l’Apartheid. Ces actions sont le cœur de l’exposition documentaire et itinérante « On a tous quelque chose de Madiba » qui est le pivot principal du Centenaire. L’exposition sera présentée dans la ville du 23 octobre au 9 novembre prochains.

En vérité, la tradition d’engagement et de solidarité sociale et politique de la ville de Bègles remonte aux lendemains de la seconde guerre mondiale.

C’est sous le mandat de l’ancien maire Bernard Moncla (1984-1989) que la Ville de Bègles devient l’une des premières villes Françaises à participer à la mobilisation internationale contre l’Apartheid.

Dans le bulletin municipal de janvier 1986 qui l’annonce aux Bèglais, l’Editorial du Maire de la ville ne s’y trompe d’ailleurs pas :

Mr Bernard Moncla, Maire de Bègles

« Quelque part, très loin, dans une prison d’Afrique du Sud, croupit depuis vingt-quatre ans le plus ancien prisonnier politique du monde, Nelson MANDELA, dont le seul crime est de réclamer pour le peuple noir de son pays le droit de vivre libre…Solidarité, justice, sont au cœur du combat quotidien des Béglaises et des Béglais. Ce combat-là est le mien. C’est pourquoi j’ai proposé au Conseil municipal de décerner le titre de citoyen d’honneur de la Ville de Bègles à Nelson MANDELA, symbole de la dignité du peuple sud-africain. » Bernard MONCLA Maire de Bègles.

Le rapport de cette décision, publié dans le même journal municipal, présente la résolution aux Bèglais : « Pour le respect des droits de l’homme, pour la dignité humaine, contre le racisme et le fascisme, la Municipalité décerne ce titre au plus ancien prisonnier politique du monde. Elle demande la rupture de toutes les relations avec le régime d’apartheid. »

Mais aussi fait preuve de pédagogie en expliquant longuement le parcours de Nelson Mandela et la situation de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid :

« Cela fait maintenant un quart de siècle que cet avocat, dirigeant de l’A.N.C., principale organisation multiraciale et anti-apartheid, est détenu dans les geôles sud-africaines.

Seule la comparaison avec le nazisme permet de mesurer l’atrocité du régime d’apartheid. L’apartheid existe officiellement, c’est-à-dire est inscrit dans la constitution de ce pays depuis 1948. Il se compose d’un arsenal juridique et constitutionnel permettant à 5 millions de blancs de dominer une majorité de couleurs (24 millions de noirs, 3 millions de métis et 1 million d’indiens). Au moyen des lois institutionnalisant le racisme, les représentants de la grande bourgeoisie détiennent tous les pouvoirs politiques, économiques, juridiques, faisant des noirs des étrangers dans leur propre pays.

L’année 1985 aura été marquée par de très nombreux mouvements de révoltes dans les ghettos noirs mais aussi par l’unification des mouvements anti-apartheid. Malheureusement, à la détermination du peuple sud-africain, le gouvernement Botha répond quotidiennement par la répression et la mort. Une mort qui n’épargne pas les enfants. Combien d’images a-t-on vues à la télévision montrant l’armée tirant sur les populations des ghettos ou empêchant des cérémonies de funérailles des victimes de l’apartheid ?

Dans le monde entier, les mouvements de protestation s’amplifient. La plupart demandent de véritables sanctions économiques comme le recommande l’O.N.U. Aux U.S.A. même, des manifestations sont régulièrement organisées devant l’ambassade sud-africaine. Des personnalités comme le pasteur noir Jackson, Angela Davis ou les enfants de Martin Luther King y défilent. Et le prix Nobel de la Paix fut attribué cette année à Monseigneur Desmond Tutu, évêque sud-Africain qui combat l’apartheid.

En décernant le titre de citoyen d’honneur de la Ville de Bègles à Nelson MANDELA, la Municipalité s’inscrit dans ce mouvement international pour le respect des droits de l’homme, pour la dignité humaine et contre le fascisme. En décernant ce titre à Nelson MANDELA, la Municipalité a voulu rendre hommage au plus ancien prisonnier politique du monde, à l’homme qui n’a jamais plié contre les menaces et le chantage du gouvernement. A travers lui, c’est aussi hommage à tout un peuple en lutte.

Reste que plus que jamais le soutien aux forces anti-apartheid passe par de véritables sanctions et par un isolement complet de l’Afrique du Sud. Winnie MANDELA, l’épouse du dirigeant emprisonné de l’A.N.C. déclarait dernièrement en s’adressant à Laurent Fabius : « Rompez avec l’Afrique du Sud ! Nous vous disons ne rompez pas dans deux ans, ne rompez pas dans un mois, nous vous supplions, rompez maintenant. »

Le prix sera remis à Dulcie September (représentante de l’ANC en France) à qui un Square est dédié dans la ville de Bègles suite à son assassinat en 1988.

Inauguration du Square Dulcie September, Septembre 1988

Sources : Mme Moncla, Mme Texier et Archives municipales de Bègles (merci aux services de la ville de Bègles)

Patrick Carl

Or

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