FONDATION POUR LA MÉMOIRE DE L’ESCLAVAGE – essai de prospective pour la jeunesse française FONDATION POUR LA MÉMOIRE DE L’ESCLAVAGE – essai de prospective pour la jeunesse française

Les Ateliers de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage réunissent, ce week-end à Paris, l’ensemble des forces vives du devoir de mémoire et de transmission des leçons de ce crime contre l’humanité qui a totalement redessiné la carte du monde.

Pour la première fois, l’Etat Français annonce la prise en charge du devenir de la mémoire de la traite des noirs et de l’esclavage.

Annoncée par l’ancien président François Hollande et en voie de réalisation par le président Macron, ce projet survient dix-sept années après le vote de la loi Taubira qui a déclaré la traite des noirs et l’esclavage crimes contre l’humanité et douze ans après la création d’une journée nationale de commémoration.

S’il faut regretter qu’il ait fallu attendre si longtemps pour édifier une véritable « structure d’hospitalité », comme l’appelait de ses vœux, dès 2000, l’écrivain Patrick Chamoiseau et qu’une initiative dont, avec Françoise Vergés et Roni Brauman, il fut le parrain en 2006, la Fondation européenne du Mémorial de la traite des noirs, n’ait pas été soutenue, il n’en reste pas moins nécessaire d’avoir une vigilance et une tendresse particulières pour cette nouvelle initiative en voie d’être portée sur les fonts baptismaux.

Il est, au préalable, indéniable que la Fondation pour la mémoire de l’esclavage bénéficie d’une légitimité incontestable renforcée par deux personnalités, véritables locomotives mémorielles de la mémoire de l’esclavage en France.

Il faut d’abord citer l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault. Ancien maire de Nantes, il a soutenu et alimenté, depuis la fin des années 80, les évolutions législatives, politiques et culturelles de devoir de mémoire sur l’esclavage en France en assumant et, partageant l’histoire particulière de sa ville, premier port négrier. Cet investissement est d’autant plus important que la mémoire de l’esclavage en Europe, c’est d’abord et avant tout l’histoire des ports et grandes villes sur l’Atlantique.

Christiane Taubira, ancienne garde des sceaux, continue, quant à elle, de marquer de son empreinte la conscience et le combat contre l’oubli. Les batailles homériques qu’elle a dû mener pour porter et faire triompher les engagements de la société civile au sein de la représentation nationale sont indéniables et, malheureusement, encore insuffisamment reconnues. J’ai en mémoire, sa dignité, lors de cette journée mémorable du 10 mai 2009, où la commémoration nationale se tenant à Bordeaux, sous l’égide de Michèle Alliot-Marie et Alain Juppé, elle ne fut invitée que pour être ignorée. Grande fut notre impuissance et notre colère !

Mais, venons-en au fait !

Pourquoi une Fondation pour la mémoire de l’esclavage en France ?

Comment parler d’une telle histoire, d’un sens à donner à ce crime contre l’humanité, alors que des millions d’hommes dans le passé ou dans le présent en ont été exclus, qu’ils ont vécu et sont morts, captifs, sans que leur vie et leur mort, à eux, aient un sens?

Comment relier cette histoire française à la naissance simultanée du capitalisme et du colonialisme qui ont nié et détruit les autres cultures, broyé et brisé des vies ?

Comment rendre moins inflammable une histoire qui continue d’alimenter des mémoires vengeresses, méprisantes ou ignorantes à l’instar d’une jeunesse française souvent partagée ?

Quelles articulations dialectiques établir entre la solitude des chercheurs et l’activisme des militants ?

Comment réconcilier et faire dialoguer les mémoires concurrentes et opposées de la traite et de l’esclavage des noirs ?

Quelles relations entretenir entre et avec les territoires où cette histoire a installé des inégalités et des injustices qui nourrissent de légitimes colères ?

Comment parler à l’Afrique de cette histoire qu’elle a subie et continue d’ignorer, prise dans les urgences sociales mais aussi dans le déni du système monstrueux qu’elle a enfanté ?

Comment extirper de ce chaos ces « armes miraculeuses » avec lesquelles Aimé Césaire souhaitait ensemencer la paix, le dialogue et la démocratie ?

Ce n’est donc, évidemment, pas par rancune qu’il faut agir mais par besoin de compréhension, de plénitude, de dialogue et de dépassement. Nul ne peut se décharger de sa responsabilité.

C’est d’un élargissement de la conscience de cette histoire qu’il faut appeler. Un authentique dialogue des civilisations et des mémoires issues de ce crime, qui n’est possible que si l’on considère que cette histoire n’est pas une tragédie qui nous est extérieure. Mais un système fait par des hommes et défait par d’autres.

Grâce à ce dialogue espéré, des dimensions perdues de cette histoire renaîtront et des ressources que l’on croyait englouties se révéleront. Par ce dialogue il s’agit de lutter contre la déchéance prématurée d’êtres jeunes, de cultures émergentes et de mémoires créatrices.

La Fondation pour la mémoire de l’esclavage peut contribuer à créer les conditions sociales, politiques et culturelles pour que chaque enfant français, portant en lui le génie et l’avenir de l’homme, puisse s’épanouir pleinement dans la conscience de ce que le monde doit à l’Afrique et à ses descendants.

Karfa Sira Diallo

Fondateur-Directeur de Mémoires & Partages

Patrick Carl

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