DEBAPTISER LES RUES DE NÉGRIERS?

DÉBAPTISER LES RUES DE NÉGRIERS?

Bordeaux, La Rochelle, Le Havre, Marseille et Nantes

Nos héros sont aussi des bourreaux

 « Et, peut-être faudrait-il inciter nos élus à revoir la signalétique urbaine en référence à ce commerce tragique ? » Lettre de François Hollande à la Fondation du Mémorial, 20 avril 2012

Le Parlement français a adopté à l’unanimité la loi reconnaissant que la traite des Noirs et l’esclavage constituent un crime contre l’humanité. Cela peut sembler évident concernant la privation de liberté, la déportation et l’exploitation d’environ 12 millions d’individus rappelées avec succès par le film 12 Years a Slave.

Pourtant aujourd’hui encore de nombreuses rues portent les noms de grands armateurs négriers, honorant ainsi leur mémoire comme autant de fiertés et de mérites au fronton de nos villes. Certains de ces personnages ont aussi eu des actions positives. Mais, en participant à ce juteux trafic d’êtres humains, ils sont devenus des criminels au regard de l’humanité et du droit, et ce malgré l’absolution offerte par le Code noir.

A l’occasion des élections municipales, l’association internationale Mémoires & Partages lance une campagne nationale. Celle-ci vise à ouvrir un débat sur le bien-fondé de la persistance de ces noms de rues qui honorent des criminels, et qui sont une offense aux victimes et résistants de l’esclavage.

Un courrier sera adressé à toutes les listes candidates aux élections dans les villes de Bordeaux, La Rochelle, Le Havre, Nantes et Marseille et une pétition ouverte sur le site Change.org.

Le geste le plus fort est bien sûr de rebaptiser les lieux publics portant des noms liés à ce commerce, mais nous pouvons aussi envisager l’apposition de panneaux explicatifs dans les rues concernées. Ainsi il serait indiqué pourquoi on honore la personne éponyme, mais également cela montrerait le respect dû à la mémoire des victimes d’un crime contre l’humanité et des combattants de la liberté.

A titre d’exemple on imaginerait mal aujourd’hui une rue Papon ou une avenue Himmler.

Alors pourquoi devons-nous subir par exemple une rue Saige à Bordeaux (22 rues de négriers), une rue Grou à Nantes (11 rues), une rue Giraudeau à La Rochelle (5 rues), une rue Begouen au Havre (5 rues) et une rue Roux de Corse à Marseille (6 rues)?

Il ne s’agit nullement pour nous de jeter l’opprobre sur des municipalités ou des familles entières, car la culpabilité n’est heureusement pas héréditaire (tout comme les honneurs ne devraient pas l’être non plus), mais plutôt d’engager un travail de mémoire apaisé, loin de toute repentance, en vue de redonner plus d’intégrité à la signalétique urbaine.

LES RUES A REBAPTISER

NANTES

rue Grou, rue Leroy, imp Baudoin, Chem Bernier, rue Berthelot, Av Guillon, rue Fosse, rue Terrien, Av Millet

BORDEAUX

rue Baour, Cours Balguerie, Cours Portal, rue Saige, rue David Gradis, rue Gramont, Pl Lainé, rue Colbert, rue de la Béchade, rue Bethman, rue Desse, Place Mareilhac, Cours Journu-Auber, Passage Sarget, Passage Féger, Place Ravezies, rue Daniel Guestier, Place John Lewis Brown, rue De Kater, Place Johnston, rue Fonfréde, rue Bonnafé,

MARSEILLE

rue ROUX-DE-CORSE, Avenue SOLIER, Rue ETIENNE MARCHAND, Allée de la MAURELETTE, Avenue de la SERANE

LA ROCHELLE

Avenue Belin, Square Rasteau, rue Fleuriau, rue Admirault, rue Giraudeau

LE HAVRE

rue Masurier, rue Begouen,  rue Boulongne, rue Eyrier, rue Massieu

LES PAYS ARABES DOIVENT AUSSI ASSUMER LA TRAITE DES NOIRS –

02 décembre 2012

Inévitablement associée à son aspect occidental, la traite d’esclaves africains a aussi concerné le Maghreb et le monde arabe. Le plus grand commerce négrier de l’Histoire a permis la déportation de 40% des 42 millions de personnes victimes de toutes les traites nègrières, vers le Maroc, en Algérie, en Arabie Saoudite, en Égypte, etc.

Inevitably associated with its western aspects, the African slave trade also involved the Maghreb and the Arab World.  The largest slave trader business in history allowed for the deportation of 40% of the 42 millions victims of slavery traded with Morocco, Algeria, Saudi Arabia and Egypt etc.

Par le Sahara et par les voies maritimes 10 à 14 millions d’esclaves furent vendus avec de l’ébène, de l’or et de l’ivoire par des chefs subsahariens contre des chevaux, du sel, des armes et des produits manufacturés. Pages, domestiques, eunuques, concubines, soldats, main d’œuvre agricole, pêcheurs de perles, nourrices, chanteuses, mineurs pour le sel, l’or et les pierres précieuses. Jeunes hommes, femmes et enfants employés pendant 14 siècles dans des conditions épouvantables, déshumanisantes. Quasi inexistants les descendants d’esclaves noirs sont remplacés aujourd’hui par une importante population immigrée qui subit les affres d’un racisme et d’une discrimination enracinés dans une amnésie totale du passé négrier de ces pays.

Through the Sahara and by other maritime routes, 14 million slaves were sold along with ebony, gold and ivory by sub-Saharan chiefs for horses, salt, arms and manufactured products.  Maids, servants, eunuchs, workers, farm labourers, pearl divers, wet-nurses, singers, minors for salt, gold and precious stones, young men, women, children were employed for over 14 centuries in terrible, dehumanising conditions. The descendants of black slaves are quasi inexistent, and have today been replaced by a significant immigrant population who suffer from racism, and an entrenched discrimination due to a total amnesia of the history of slave traders in these countries

Ce lourd héritage occulté par les États arabes demeure une réalité du 21ème siècle. Sous des formes différentes, l’esclavage de centaines de milliers d’adultes et d’enfants noirs est une honte pour les pays du Golfe mais aussi pour la majorité des pays arabes. Après l’important travail de mémoire sur la traite des noirs entrepris par les nations occidentales (lois, musées et initiatives de la société civile) et de plus en plus par l’Afrique noire (1ère loi africaine au Sénégal et nombreux lieux de mémoire), il importe que le monde arabe ouvre ce chapitre de son histoire pour dessiner un quotidien plus humain pour ses populations. Cette longue pénitence du noir en Afrique et en Arabie commence à être interrogée par de courageux chercheurs devant l’indifférence des États d’Afrique sub-saharienne, du Maghreb et des pays arabes.

This heavy heritage hidden by Arab States remains a reality in the 21st century. Under different forms, the slavery of hundreds of thousands of black men, women and children is a source of shame not only for the gulf countries, but for a majority of arab countries. After important work on the memory of the slave trade undertaken by western nations (laws, museums, and initiatives by civil society) and more and more sub-Saharan African countries (the first African law in Senegal and numerous places of memorial) it is time that the Arab world opens this chapter of their history to create a more human daily life for their populations. The long penitence of the black man in Africa and in Arabia has started to be questioned by courageous researchers despite the indifference of sub-Saharan African states and the the Maghreb and the Arab world.

En dehors de toute diabolisation et de toute victimisation, la Fondation du Mémorial de la Traite des Noirs exige de sortir de l’oubli, ces esclaves aussi, de leur rendre justice et leur dignité dans la contribution, pour le meilleur et le pire, au progrès de l’Humanité. La Fondation va envoyer une Adresse à toutes les Ambassades représentées à Paris, pour les sensibiliser sur la nécessité de déclarer la traite des noirs et l’esclavage Crimes contre l’Humanité.

The Memorial Foundation for the Slave Trade wants to revive the memory of the forgotten slaves and also give them justice and dignity in their contribution to the progress of humanity. The foundation will address all ambassadors represented in Paris to inform them about the necessity of declaring the slave trade and slavery to be crimes against humanity.

Suite au lancement de la Campagne, les Républiques de Tunisie et d’Irak répondront pour manifester leur interet quant à la protection des minorités.

Mémoires & Partages donne rendez-vous pour un Rassemblement le 2 décembre 2013 devant l’Ambassade du Qatar à Paris

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