COMMISSION MUNICIPALE – « Une avancée considérable » COMMISSION MUNICIPALE – « Une avancée considérable »

Mémoires et Partages vient de prendre connaissance des propositions formulées par la commission sur la mémoire de l’esclavage installée par la mairie de Bordeaux.

Au-delà des polémiques personnelles, la Mairie de Bordeaux est un partenaire naturel pour la transmission culturelle et citoyenne des enseignements de l’histoire de l’esclavage.

Les 10 propositions faites par la commission sont intéressantes et constituent une avancée qu’on était en droit d’attendre de la commission. Par ailleurs nombre d’entre elles reprennent des demandes portées par M & P depuis plusieurs années.

L’association se félicite tout d’abord de voir enfin abordée la question des rues de négriers, cause que nous défendons depuis 2009.

Nous considérons comme une victoire le projet courageux de plaques explicatives et biographiques dans les rues, en plus des QR codes, et faisons confiance au professeur Bonin pour trouver des formulations justes qui renseignent sur le rôle des personnages éponymes, tout en tenant compte de la légitime mémoire des victimes de leurs crimes. Après Nantes, Bordeaux sera la deuxième ville en France à engager cette démarche. En revanche des désaccords persistent avec la mairie quant à sa volonté d’exclure les rues honorant des esclavagistes de la liste des voies concernées, pour se concentrer uniquement sur les armateurs et capitaines négriers.

La proposition de baptiser une rue au nom d’abolitionnistes ou de captifs noirs liés à Bordeaux est quant à elle une revendication que nous portons aussi de longue date. Nous sommes disposés à faire des suggestions de noms pour les futures rues des quartiers en construction, d’autant que nous travaillons actuellement sur la mémoire de la population noire à Bordeaux au 18ème siècle.

Pour la proposition de renforcement du partenariat entre les associations et le rectorat, nous sommes également concernés dans la mesure où nous collaborons déjà avec cette institution depuis plusieurs années. Nous sommes néanmoins curieux de voir sous quelle forme se fera ce renforcement.

La proposition d’un prix de la ville est également intéressante. Si M & P remet déjà un prix Mémoire partagée chaque année à une personne travaillant sur ces questions, un encouragement officiel du travail universitaire sur la mémoire de l’esclavage est également une revendication de notre association. Nous espérons toutefois que les travaux récompensés viendront aussi des universités bordelaises afin que celles-ci se réapproprie plus directement cette mémoire.

D’autres propositions sont tout à fait originales et bienvenues comme le jardin pédagogique ou la valorisation du square Toussaint Louverture. Nous pensons qu’au-delà du gadget, ces projets peuvent vraiment contribuer à diversifier les angles d’approche de cette mémoire.

En revanche concernant la proposition de statue de Modeste Testas, si celle-ci est pourtant inédite et intéressante, alors même que la mairie prévient déjà qu’elle ne devra pas être « pharaonique », il est certain qu’elle ne pourra jamais se substituer à un vrai mémorial. Il s’agit là d’une œuvre d’art qui, à l’instar de la plaque sur les quais ou du buste de Toussaint Louverture, reste un lieu mémoriel figé.

Ce type de réalisation, même si l’intention est parfois louable, permet de s’exonérer de la nécessité d’avoir un vrai lieu de partage et d’animation de la mémoire à destination de la société civile. Car si les musées sont nécessaires, et celui de Bordeaux est très réussi, ils enferment la mémoire et ne sont malheureusement pas des lieux démocratiques et populaires. De plus leur approche peut être séquentielle et décalée des problématiques actuelles, quant aujourd’hui la mémoire a surtout besoin d’être croisée et plurielle.

C’est pour cela que M & P porte le projet d’une ÉCOLE DES MÉMOIRES, avec des descendants d’armateurs. L’Ecole des Mémoires se veut un lieu vivant et ouvert, espace d’échanges et de réflexions dépassionnées sur cette mémoire en lien avec d’autres mémoires difficiles, évitant ainsi l’écueil de la concurrence mémorielle. Par ailleurs des partenariats pourraient être créés avec le Musée d’Aquitaine, comme l’exprime la 3ème proposition de la commission.

La dernière proposition visant à communiquer dans les transports en commun va également dans le sens de l’École des Mémoires dans la mesure où elle démocratise cette mémoire.

Nous ne pouvons donc que déplorer le refus actuel de la commission de soutenir ce projet qui pourrait permettre à Bordeaux de devenir la 1ère ville française à se doter d’un tel outil.

En conclusion, si M&P dresse donc un constat globalement positif sur le rendu encourageant de la commission, elle souhaite néanmoins que la mairie de Bordeaux, et notamment son premier magistrat, puissent dépasser les limites et tiédeurs de certaines de ces propositions afin de renouer un dialogue indispensable avec la population bordelaise et en particulier les plus jeunes. Ces derniers sont souvent plus virulents dans leurs critiques et la déception de leurs attentes sur ce sujet actuel est souvent liée aux discriminations dont ils peuvent faire l’objet.

LE BUREAU DE MÉMOIRES & PARTAGES

 

Patrick Carl

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